Le shilajit est-il bon ou mauvais pour l'eczéma ?

shilajit eczema
Jean-Christophe gadrat

Jean-Christophe gadrat · Fondateur de SIHO

Publié le 10/04/2026

En bref

L'acide fulvique du shilajit a fait l'objet d'un essai clinique humain positif sur l'eczéma (Gandy et al., 2011) et d'une étude préclinique récente montrant une réduction des chimiokines clés de la dermatite atopique (CCL17, CCL22). Ses propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et humectantes en font un candidat pertinent en soutien de l'eczéma, en complément des soins dermatologiques.

L'eczéma est la maladie cutanée chronique la plus fréquente. Elle touche jusqu'à 20% des enfants et 10% des adultes dans les pays industrialisés. Son expression est visible (plaques rouges, sécheresse, démangeaisons intenses), mais ses racines sont profondes : une barrière cutanée génétiquement fragilisée, un système immunitaire qui surréagit, une inflammation chronique qui s'auto-entretient, et un stress qui aggrave le tout.

Les traitements conventionnels (dermocorticoïdes, émollients, inhibiteurs de calcineurine) gèrent les poussées. Mais pour les personnes qui vivent avec un eczéma chronique, la question du soutien biologique de fond se pose naturellement. C'est dans cette perspective que les bienfaits du shilajit, et en particulier de l'acide fulvique, méritent d'être examinés. D'autant qu'ici, contrairement à la plupart des sujets cutanés, il existe un essai clinique humain.

Ce qui se passe réellement dans la peau eczémateuse

La dermatite atopique (le nom médical de l'eczéma atopique) repose sur deux piliers. Le premier est une anomalie de la barrière cutanée. Chez beaucoup de patients atopiques, la filaggrine, une protéine essentielle à la cohésion de la couche cornée, est déficiente. Résultat : la peau perd son eau plus facilement (on parle de perte insensible en eau transépidermique), les allergènes et les irritants pénètrent plus facilement, et les micro-organismes (notamment Staphylococcus aureus) colonisent la surface cutanée.

Le second pilier est la réponse immunitaire. L'eczéma atopique est dominé par une inflammation de type Th2 : les lymphocytes T helper de type 2 sécrètent des cytokines (IL-4, IL-13, IL-31) qui amplifient l'inflammation et déclenchent le prurit (les démangeaisons). Cette inflammation recrute d'autres cellules immunitaires via des chimiokines, notamment CCL17 (TARC) et CCL22 (MDC), dont les taux sériques sont corrélés à la sévérité de l'eczéma.

En clair

La filaggrine, c'est le ciment entre les briques de votre peau. Quand ce ciment est défaillant, la peau se dessèche, les irritants entrent, et le système immunitaire réagit en envoyant des messagers chimiques (les cytokines) qui provoquent l'inflammation et les démangeaisons. Le cercle vicieux est lancé : la peau sèche s'enflamme, l'inflammation fragilise la barrière, la barrière fragilisée s'enflamme davantage.

Le stress oxydatif complète le tableau. Les patients atopiques présentent des défenses antioxydantes abaissées (glutathion, SOD) et des marqueurs d'oxydation élevés (MDA). L'oxydation endommage les lipides de la barrière cutanée et amplifie la signalisation inflammatoire. C'est un terrain biologique que le shilajit est capable d'influencer.

L'essai clinique sur l'acide fulvique et l'eczéma : Gandy et al. (2011)

C'est l'étude pivot. Publiée dans Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, c'est un essai randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo, conduit à l'Université de Pretoria (Afrique du Sud). 36 volontaires présentant un eczéma confirmé ont été répartis en deux groupes : application topique d'acide fulvique dérivé de carbohydrates (CHD-FA) ou placebo, deux fois par jour pendant quatre semaines.

Les résultats ont montré que le groupe acide fulvique présentait une amélioration significative de la sévérité de l'eczéma et de l'érythème (la rougeur). L'évaluation globale par l'investigateur était significativement meilleure dans le groupe traité par rapport au groupe émollient seul. Le traitement a été bien toléré : aucune anomalie des paramètres de sécurité, aucune différence dans les effets indésirables entre les deux groupes, à l'exception d'une sensation de brûlure transitoire à l'application chez certains patients.

À retenir

Essai clinique randomisé en double aveugle (Gandy et al., 2011), acide fulvique topique deux fois par jour pendant 4 semaines sur 36 patients eczémateux :

↓ Sévérité de l'eczéma (score significativement amélioré)

↓ Érythème (rougeur)

Évaluation globale significativement meilleure vs placebo

Bien toléré. Seul effet indésirable rapporté : sensation de brûlure transitoire à l'application.

Les auteurs concluent que l'acide fulvique "mérite des investigations complémentaires dans le traitement de l'eczéma". C'est une formulation prudente, comme il se doit pour un essai exploratoire de petite taille. Mais le signal est là : l'acide fulvique topique a montré un effet supérieur à l'émollient seul dans un essai contrôlé.

Ce résultat est cohérent avec les travaux précliniques sur les propriétés anti-inflammatoires de l'oxifulvic acid (Van Rensburg et al., 2001), qui avait démontré une suppression de la réponse immunitaire cutanée chez la souris, et avec l'activité antimicrobienne de l'acide fulvique documentée in vitro (Van Rensburg et al., 2000).

L'étude sur CCL17/CCL22 : le mécanisme précisé

En 2023, une étude publiée dans Molecules a apporté un éclairage mécanistique sur l'effet de l'acide fulvique dans l'eczéma. Les chercheurs ont montré que l'acide fulvique réduisait l'expression de CCL17 et CCL22 dans des kératinocytes humains (cellules HaCaT) stimulés par le TNF-α et l'IFN-γ. Le mécanisme passe par l'inhibition des voies de signalisation p38 MAPK et JNK.

L'étude a ensuite validé ces résultats in vivo : chez des souris atteintes de dermatite atopique induite par le DNCB (un modèle standard de la maladie), l'application topique d'acide fulvique a réduit les symptômes et les taux sériques de CCL17 et CCL22. Les auteurs concluent que l'acide fulvique topique atténue la dermatite atopique en régulant à la baisse ces deux chimiokines, et qu'il constitue un agent thérapeutique potentiel.

En clair

CCL17 et CCL22, ce sont les signaux d'appel que les cellules de la peau envoient pour recruter les cellules immunitaires responsables de l'inflammation. Plus ces signaux sont élevés, plus l'eczéma est sévère. L'acide fulvique coupe ces signaux à la source en bloquant les voies de transmission (p38 MAPK et JNK). Moins de signaux, moins de cellules immunitaires recrutées, moins d'inflammation.

Ce qui rend ces données particulièrement intéressantes, c'est qu'elles s'articulent avec l'essai clinique de Gandy et al. : on a à la fois un résultat clinique positif chez l'humain ET un mécanisme moléculaire identifié dans un modèle de la même maladie. Cette convergence est rare pour une substance naturelle.

Barrière cutanée, hydratation et acide fulvique

L'un des enjeux majeurs de l'eczéma est le maintien de la barrière cutanée. Les émollients sont le socle du traitement d'entretien parce qu'ils compensent la perte d'eau transépidermique et reconstituent le film lipidique protecteur. Sans émollient quotidien, la peau atopique se dessèche, se fissure, et les poussées reviennent.

L'acide fulvique possède des propriétés humectantes documentées : il améliore la rétention d'eau dans la couche cornée. Dans l'étude Das et al. (2019), la supplémentation orale en shilajit n'a pas montré de modification significative de l'hydratation cutanée mesurée par Dermalab (les résultats sur la microperfusion et le collagène étaient les plus marqués). Mais en application topique, l'acide fulvique agit localement sur la barrière, ce qui est cohérent avec le mode d'administration utilisé dans l'essai de Gandy et al.

Le pH joue aussi un rôle. La peau eczémateuse est plus alcaline que la peau saine, ce qui favorise la colonisation bactérienne et perturbe les enzymes qui maintiennent la barrière cutanée. L'acide fulvique, en tant qu'acide, contribue à acidifier le milieu cutané, ce qui peut soutenir la restauration d'un pH physiologique favorable.

L'article de Narayanan (2019, The Indian Practitioner) a d'ailleurs conclu que l'acide fulvique topique en crème ou lotion hydratante pouvait apporter "une valeur ajoutée par rapport aux émollients seuls dans la gestion de l'inflammation cutanée, et être bénéfique en application quotidienne à long terme chez les patients prédisposés".

Le lien entre stress et eczéma

Toute personne vivant avec un eczéma chronique le sait : le stress déclenche ou aggrave les poussées. Ce n'est pas un ressenti subjectif. C'est un mécanisme biologique documenté. Le cortisol, l'hormone du stress, module la réponse immunitaire et altère la barrière cutanée. Le stress chronique augmente les niveaux de neuropeptides dans la peau (substance P, CGRP) qui amplifient l'inflammation et le prurit.

Le shilajit est classé comme adaptogène dans la tradition ayurvédique, c'est-à-dire qu'il soutient la capacité du corps à répondre au stress. Bhattacharya et al. (1995) ont montré que le shilajit normalisait l'activité des récepteurs aux glucocorticoïdes sous conditions de stress. C'est un point pertinent pour l'eczéma : quand l'axe du stress fonctionne mieux, la cascade inflammatoire cutanée est moins facilement déclenchée. On approfondit ce mécanisme dans notre article sur le shilajit et la gestion du stress.

Le sommeil est l'autre facteur. L'eczéma perturbe le sommeil (les démangeaisons nocturnes sont l'un des symptômes les plus invalidants), et le manque de sommeil aggrave l'inflammation. Les minéraux du shilajit, notamment le magnésium, participent à la régulation du cycle veille-sommeil et de la réponse au stress. Ce n'est pas un somnifère. C'est un soutien nutritionnel qui s'inscrit dans une logique de terrain.

L'eczéma et le vieillissement cutané : le même terrain

L'eczéma chronique accélère le vieillissement de la peau. L'inflammation répétée dégrade le collagène et l'élastine. Le stress oxydatif cumulé abîme les cellules de la couche basale. La barrière cutanée, perpétuellement sollicitée, perd de son efficacité avec les années. Les zones qui ont subi des poussées récurrentes présentent souvent un épaississement (lichénification), une hyperpigmentation et une perte d'élasticité.

Ce processus rejoint le vieillissement cutané classique : déclin de la microperfusion, diminution de la synthèse de collagène, accumulation de stress oxydatif, inflammation chronique de bas grade. Ce sont les mêmes mécanismes que Das et al. (2019) ont montré pouvoir être influencés par le shilajit oral (amélioration de la microperfusion, activation des gènes de collagène et de la matrice extracellulaire). Et ce sont les mêmes que Patil et al. (2023) ont montré pouvoir être corrigés (baisse du MDA, hausse du glutathion et de la SOD), comme détaillé dans notre article sur le shilajit et le psoriasis.

En clair

Chaque poussée d'eczéma laisse une trace dans la peau, même quand elle disparaît visuellement. L'inflammation répétée use les protéines de structure (collagène, élastine) et accumule du stress oxydatif. C'est pour ça qu'une peau qui a beaucoup "poussé" au fil des années paraît plus vieillie que le reste du corps. Soutenir les mécanismes de réparation et d'antioxydation, c'est protéger la peau sur le long terme.

Prendre soin de sa peau atopique, c'est plus que gérer les poussées. C'est préserver la capacité de la peau à se réparer et à maintenir sa barrière dans la durée. Le SIHO Effect s'inscrit dans cette logique : soutenir la biologie fondamentale de la peau de l'intérieur, pas seulement traiter les symptômes en surface.

En pratique

L'eczéma est une maladie chronique qui nécessite un suivi dermatologique. Les émollients quotidiens, les dermocorticoïdes pour les poussées et, dans les cas modérés à sévères, les inhibiteurs de calcineurine ou les biothérapies (dupilumab) restent le socle du traitement. Le shilajit ne les remplace pas.

En application topique, l'essai de Gandy et al. a utilisé l'acide fulvique deux fois par jour pendant quatre semaines avec des résultats significatifs sur la sévérité et l'érythème. La recette traditionnelle SIHO propose de mélanger 5 g de résine de shilajit à deux cuillères à soupe d'huile de rose, de laisser reposer une journée, puis d'appliquer sur les zones concernées toutes les 8 heures. Ce soin convient aux dermatites, à l'eczéma et au psoriasis. Attention : l'acide fulvique peut provoquer une sensation de brûlure transitoire à l'application, surtout sur une peau fissurée. Testez sur une petite zone avant d'étendre.

Par voie orale, le shilajit fournit les minéraux biodisponibles (zinc, magnésium, sélénium) et l'acide fulvique qui soutient les défenses antioxydantes. Les études sur le stress oxydatif (Patil et al., 2023) ont utilisé 500 mg deux fois par jour pendant 30 jours. Pour l'eczéma, il faut compter au minimum 4 à 8 semaines de prise régulière avant d'évaluer un changement.

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L'alimentation joue aussi un rôle. Les acides gras oméga-3 (poissons gras, huile de lin) soutiennent la résolution de l'inflammation. Les probiotiques peuvent aider à rééquilibrer la réponse immunitaire intestinale (une partie significative du système immunitaire se trouve dans l'intestin). L'hydratation, la gestion du stress et le sommeil complètent le tableau. Le shilajit vient en soutien de ces fondamentaux, en agissant sur le stress oxydatif, l'absorption des minéraux et l'inflammation de bas grade. C'est un outil de fond dans une stratégie globale, pas un topique de remplacement.

Questions fréquentes

Existe-t-il une étude clinique sur le shilajit et l'eczéma ?

Oui. Gandy et al. (2011) ont conduit un essai randomisé en double aveugle sur 36 patients. L'acide fulvique topique (le composant principal du shilajit) a montré une amélioration significative de la sévérité et de la rougeur de l'eczéma par rapport au placebo sur 4 semaines.

Peut-on appliquer le shilajit sur la peau eczémateuse ?

Oui, en application topique diluée. L'essai de Gandy et al. a utilisé cette voie avec succès. Attention : une sensation de brûlure transitoire est possible, surtout sur peau fissurée. Faites un test sur une petite zone et évitez les zones suintantes ou surinfectées sans avis médical.

Au bout de combien de temps voir un résultat ?

L'essai clinique a montré des résultats significatifs en 4 semaines d'application topique. Par voie orale, les effets antioxydants du shilajit sont mesurables dès 30 jours (Patil et al., 2023). Un minimum de 4 à 8 semaines est raisonnable.

Sources

Gandy J.J. et al. (2011). Randomized, parallel-group, double-blind, controlled study to evaluate the efficacy and safety of carbohydrate-derived fulvic acid in topical treatment of eczema. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology.

Fulvic Acid Attenuates Atopic Dermatitis by Downregulating CCL17/22 (2023). Molecules.

Winkler J. & Ghosh S. (2018). Therapeutic Potential of Fulvic Acid in Chronic Inflammatory Diseases and Diabetes. Journal of Diabetes Research.

Narayanan V. (2019). Fulvic Acid: A Natural and Multifaceted Approach to the Management of Inflammatory Dermatosis. The Indian Practitioner.

Das A. et al. (2019). Skin Transcriptome of Middle-Aged Women Supplemented With Natural Herbo-mineral Shilajit Shows Induction of Microvascular and Extracellular Matrix Mechanisms. Journal of the American College of Nutrition.

Patil S.G. et al. (2023). Effect of purified Shilajit on oxidative stress, arterial stiffness and endothelial function in elderly with hypertension. Indian Journal of Physiology and Pharmacology.

Van Rensburg C.E.J. et al. (2001). Topical application of oxifulvic acid suppresses the cutaneous immune response in mice. Drug Development Research.

Bhattacharya S.K. et al. (1995). Shilajit attenuates streptozotocin-induced diabetes mellitus and decrease in pancreatic islet superoxide dismutase activity in rats. Phytotherapy Research.

Jean-Christophe gadrat

Jean-Christophe gadrat

Fondateur de SIHO

J'explore depuis des années la recherche en longévité, en combinant découvertes scientifiques, micronutrition et compréhension des mécanismes du vieillissement. Ma conviction : la science est un moyen de mieux comprendre le corps pour continuer à profiter de la vie.

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