Le shilajit est-il bon ou mauvais pour le psoriasis ?

shilajit psoriasis
Jean-Christophe gadrat

Jean-Christophe gadrat · Fondateur de SIHO

Publié le 10/04/2026

En bref

Le psoriasis est une maladie auto-immune chronique, pas un simple problème de peau. Aucune étude clinique n'a testé le shilajit directement sur le psoriasis. Cependant, ses propriétés anti-inflammatoires (réduction de TNF-α, NF-κB) et antioxydantes, documentées dans des études humaines, ciblent des mécanismes centraux de la maladie. L'acide fulvique topique a fait l'objet d'un essai contrôlé sur l'eczéma (Gandy et al., 2011) avec des résultats favorables. Précaution majeure : l'acide fulvique peut stimuler le système immunitaire, ce qui impose un avis médical préalable dans le cadre d'une maladie auto-immune.

Le psoriasis touche environ 2 à 3% de la population mondiale. Ce n'est pas une maladie rare, mais c'est une maladie mal comprise. On la réduit souvent à ses plaques rouges, à ses squames, à un problème cosmétique que les crèmes devraient résoudre. La réalité est plus complexe. Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique, auto-immune, qui implique une dérégulation profonde du système immunitaire. Les plaques ne sont que la partie visible d'un mécanisme qui se joue dans les couches profondes de la peau et dans l'ensemble de l'organisme.

Parmi les bienfaits du shilajit documentés par la recherche, certaines propriétés touchent directement les voies biologiques impliquées dans le psoriasis. Ce n'est pas un traitement. Mais c'est un terrain de recherche qui mérite d'être exploré avec rigueur.

Ce que le psoriasis est vraiment (et pourquoi les crèmes ne suffisent pas)

Dans un psoriasis, les kératinocytes (les cellules qui forment la couche externe de la peau) se renouvellent beaucoup trop vite. Normalement, le cycle de renouvellement d'un kératinocyte prend environ 28 jours. Dans une plaque de psoriasis, il tombe à 3 ou 4 jours. Les cellules s'accumulent à la surface, forment des plaques épaisses, blanchâtres, qui se détachent en squames.

Ce renouvellement accéléré n'est pas la cause. C'est la conséquence. Le moteur du psoriasis, c'est le système immunitaire. Les lymphocytes T, normalement chargés de défendre l'organisme contre les infections, se retournent contre la peau. Ils libèrent des cytokines pro-inflammatoires, notamment le TNF-α (tumor necrosis factor alpha), l'IL-17 et l'IL-23, qui stimulent la prolifération des kératinocytes et entretiennent l'inflammation chronique.

En clair

Les cytokines TNF-α, IL-17 et IL-23, ce sont les messagers chimiques que le système immunitaire utilise pour dire "attaquez ici". Dans le psoriasis, ces messagers sont envoyés en continu vers la peau, comme une fausse alerte qui ne s'arrête jamais. La peau répond en fabriquant de nouvelles cellules à un rythme effréné, ce qui crée les plaques.

C'est la raison pour laquelle les traitements les plus efficaces du psoriasis modéré à sévère sont les biothérapies : des anticorps qui ciblent spécifiquement le TNF-α (adalimumab, infliximab), l'IL-17 (sécukinumab) ou l'IL-23 (guselkumab). Ces traitements confirment que le psoriasis est avant tout une maladie inflammatoire systémique, pas un problème de surface.

Le stress oxydatif amplifie le phénomène. Plusieurs études ont montré que les patients psoriasiques présentent des niveaux élevés de malondialdéhyde (MDA) et de radicaux libres, avec des défenses antioxydantes (glutathion, SOD) diminuées. L'oxydation entretient l'inflammation, qui entretient la prolifération, dans un cercle vicieux documenté.

L'inflammation et le TNF-α : ce que les données sur le shilajit montrent

Le shilajit n'a jamais été testé dans un essai clinique sur le psoriasis. Cette précision est indispensable. En revanche, ses effets sur les voies inflammatoires impliquées dans le psoriasis sont documentés.

Junek et al. (2009, Phytomedicine) ont montré que l'acide fulvique réduisait l'expression du TNF-α dans des monocytes humains différenciés (lignée U937) exposés au LPS. Le TNF-α est la cible principale des biothérapies anti-psoriasis. Le fait qu'une substance naturelle puisse moduler cette même cytokine, dans un modèle cellulaire humain, est un point d'intérêt pour la recherche.

L'acide fulvique a aussi montré une capacité à inhiber la voie NF-κB, un facteur de transcription qui orchestre l'expression de nombreux gènes pro-inflammatoires. Quand NF-κB est suractivé, comme c'est le cas dans les plaques psoriasiques, il alimente la production de TNF-α, d'IL-6 et d'autres médiateurs de l'inflammation. Le shilajit agit aussi sur la COX-2 et la PGE2, deux acteurs de la cascade inflammatoire.

Niranjan et al. (2016) ont confirmé cet effet chez l'humain : 12 semaines de shilajit (250 mg deux fois par jour) ont réduit la protéine C-réactive ultra-sensible (hsCRP) chez 40 patients diabétiques. La hsCRP est un marqueur d'inflammation systémique, pas spécifique au psoriasis, mais le psoriasis est lui-même associé à une élévation chronique de la CRP.

À retenir

Les voies inflammatoires ciblées par le shilajit recoupent celles du psoriasis :

↓ TNF-α dans des monocytes humains (Junek et al., 2009)

↓ NF-κB, COX-2 et PGE2 (revue Winkler & Ghosh, 2018)

↓ hsCRP chez l'humain (Niranjan et al., 2016)

↓ Histamine par stabilisation des mastocytes (Winkler & Ghosh, 2018)

Aucune de ces études ne portait sur des patients psoriasiques. Le recoupement des voies est biologique, pas clinique.

L'étude clinique sur l'acide fulvique et l'eczéma : le plus proche du psoriasis

L'étude la plus directement pertinente pour les dermatoses inflammatoires est celle de Gandy et al. (2011), publiée dans Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology. C'est un essai randomisé, en groupes parallèles, en double aveugle, avec contrôle placebo, qui a évalué l'efficacité et la sécurité d'un acide fulvique dérivé de carbohydrates en application topique sur l'eczéma.

L'eczéma et le psoriasis ne sont pas la même maladie. L'eczéma est une dermatite atopique, davantage liée à la barrière cutanée et à l'hypersensibilité de type I. Le psoriasis est une maladie auto-immune médiée par les lymphocytes T. Mais les deux partagent des mécanismes communs : inflammation cutanée chronique, altération de la barrière épidermique, stress oxydatif local, et un cycle démangeaison-grattage qui aggrave les lésions.

Les résultats de Gandy et al. ont montré que l'acide fulvique topique améliorait significativement les symptômes de l'eczéma par rapport au placebo. C'est, à ce jour, la seule étude clinique contrôlée sur une substance humique et une dermatose inflammatoire. Elle valide la piste d'un effet anti-inflammatoire cutané direct de l'acide fulvique, même si l'extrapolation au psoriasis reste à confirmer.

En clair

L'eczéma et le psoriasis sont deux maladies différentes, mais elles partagent un terrain commun : une peau enflammée, une barrière cutanée abîmée, et un cercle vicieux inflammation-grattage. L'étude de Gandy et al. montre que l'acide fulvique peut calmer ce terrain quand il est appliqué directement sur la peau. C'est une piste, pas une preuve pour le psoriasis.

Stress oxydatif et barrière cutanée : le deuxième front

Le stress oxydatif dans le psoriasis n'est pas un épiphénomène. C'est un acteur central. Les kératinocytes psoriasiques produisent davantage de radicaux libres, et les défenses antioxydantes de la peau (glutathion, catalase, SOD) sont significativement réduites dans les zones atteintes.

Patil et al. (2023) ont montré que le shilajit oral (500 mg deux fois par jour, 30 jours) réduisait le malondialdéhyde (MDA) et augmentait le glutathion, la SOD et la capacité antioxydante totale chez des patients hypertendus âgés. Ces marqueurs sont les mêmes que ceux qui sont perturbés dans les plaques psoriasiques.

L'étude Das et al. (2019) a montré une amélioration de la microperfusion cutanée et de la synthèse de collagène après 14 semaines de shilajit oral. Dans le psoriasis, la microperfusion des zones atteintes est paradoxalement augmentée (les plaques sont très vascularisées), mais la structure de la matrice extracellulaire est altérée. Le soutien à la synthèse de collagène et à la réparation tissulaire pourrait être pertinent dans les phases de rémission, quand la peau doit se reconstruire après une poussée, comme on le détaille dans notre article sur le shilajit et les problèmes de peau.

L'acide fulvique possède aussi des propriétés humectantes documentées. Il améliore la rétention d'eau dans la couche cornée, ce qui soutient la fonction barrière de la peau. Or, la barrière cutanée est systématiquement compromise dans le psoriasis, ce qui entretient la perte d'eau transépidermique, la sécheresse et les fissures douloureuses.

La précaution auto-immune : un point fondamental

Voici le revers de la médaille, et il faut en parler clairement.

L'acide fulvique possède des propriétés immunomodulatrices. Cela signifie qu'il peut à la fois réduire l'inflammation (en diminuant le TNF-α, NF-κB, COX-2) et stimuler certaines fonctions immunitaires (activation du système du complément, stimulation des splénocytes). Cette dualité est documentée dans la revue de Winkler et Ghosh (2018, Journal of Diabetes Research) et confirmée par WebMD et RxList, qui déconseillent l'acide fulvique en cas de maladie auto-immune.

Le psoriasis est une maladie auto-immune. Stimuler le système immunitaire, même indirectement, pourrait théoriquement aggraver les poussées. Les données disponibles ne permettent pas de trancher : l'acide fulvique module l'immunité dans les deux sens selon le contexte biologique, la dose et le mode d'administration.

Précaution

Le psoriasis est une maladie auto-immune. L'acide fulvique du shilajit possède des propriétés immunomodulatrices qui peuvent à la fois réduire l'inflammation et stimuler certaines fonctions immunitaires.

Ne prenez pas de shilajit si vous êtes traité pour un psoriasis sans en parler à votre dermatologue. Cette précaution s'applique aussi si vous prenez des immunosuppresseurs ou des biothérapies.

C'est une précaution, pas une contre-indication absolue. Mais dans le doute, et en l'absence d'essai clinique sur le psoriasis, la conversation avec un professionnel de santé est un préalable non négociable.

Psoriasis et vieillissement : une maladie systémique

Le psoriasis n'est pas seulement une maladie de peau. La recherche des vingt dernières années a montré qu'il est associé à un risque cardiovasculaire accru, à un syndrome métabolique, à une inflammation systémique chronique et à un vieillissement vasculaire accéléré. Les patients psoriasiques ont des niveaux de CRP, de TNF-α et d'IL-6 systémiquement plus élevés que la population générale, même en dehors des poussées cutanées.

Ce lien entre psoriasis et vieillissement biologique accéléré est l'un des axes de recherche les plus actifs en dermatologie. L'inflammation chronique de bas grade, le stress oxydatif systémique, la dysfonction endothéliale : ce sont les mêmes mécanismes que ceux du vieillissement vasculaire et métabolique. Le psoriasis les amplifie.

En clair

Le psoriasis ne se limite pas à la peau. L'inflammation qu'il entretient dans tout le corps accélère le vieillissement des artères, augmente le risque cardiovasculaire et dégrade le métabolisme global. Prendre soin de l'inflammation systémique, c'est prendre soin de bien plus que de ses plaques.

C'est dans cette perspective systémique que le shilajit peut présenter un intérêt complémentaire pour les personnes atteintes de psoriasis. Pas en ciblant les plaques, mais en soutenant la biologie générale : réduction du stress oxydatif, soutien de la fonction vasculaire, amélioration du profil lipidique. Le SIHO Effect repose sur cette logique : les mécanismes fondamentaux sont interconnectés. Soutenir l'un, c'est soutenir les autres.

En pratique

Si vous êtes atteint de psoriasis, votre dermatologue est votre premier interlocuteur. Les traitements conventionnels (dermocorticoïdes, analogues de la vitamine D, photothérapie, méthotrexate, biothérapies) sont efficaces et bien documentés. Le shilajit ne les remplace en aucun cas.

En complément, et après discussion avec votre médecin, le shilajit pourrait être envisagé pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires systémiques. L'application topique (5 g de résine mélangés à deux cuillères à soupe d'huile de rose, laissés reposer une journée, puis appliqués sur les zones concernées) est une recette traditionnelle ayurvédique utilisée pour les dermatites, le psoriasis et l'eczéma. Aucune étude clinique ne valide cette recette spécifiquement pour le psoriasis, mais l'étude de Gandy et al. sur l'acide fulvique topique et l'eczéma fournit un rationnel biologique.

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Parlez-en à votre médecin si...

→ Vous êtes traité pour un psoriasis (quelle que soit la sévérité)

→ Vous prenez des immunosuppresseurs ou une biothérapie (anti-TNF, anti-IL-17)

→ Vous souffrez d'une autre maladie auto-immune (lupus, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques)

Il faut aussi compter 8 à 12 semaines minimum pour évaluer un effet complémentaire, le psoriasis étant une maladie chronique dont les cycles de poussée et de rémission s'étalent sur des mois. Toute amélioration devra être discutée avec votre médecin pour ne pas être attribuée à tort au shilajit si elle coïncide avec un cycle naturel de rémission.

Le psoriasis est une maladie complexe qui demande une prise en charge médicale structurée. Le shilajit ne prétend pas s'y substituer. Ce qu'il peut offrir, c'est un soutien biologique de fond, sur les mécanismes d'inflammation et d'oxydation qui entretiennent la maladie et ses comorbidités. C'est une démarche de long terme, qui s'inscrit dans la logique du SIHO Effect : soutenir les capacités du corps à se réguler, pas promettre une guérison.

Questions fréquentes

Le shilajit peut-il guérir le psoriasis ?

Non. Le psoriasis est une maladie auto-immune chronique sans guérison connue. Aucune étude clinique n'a testé le shilajit sur le psoriasis. Ses propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes ciblent des mécanismes impliqués dans la maladie, mais cela ne constitue pas une preuve d'efficacité thérapeutique.

Le shilajit peut-il aggraver le psoriasis ?

C'est possible en théorie. L'acide fulvique peut stimuler certaines fonctions immunitaires, ce qui pourrait aggraver une maladie auto-immune. Les données ne permettent pas de trancher. C'est pourquoi un avis médical est indispensable avant toute prise.

Peut-on appliquer le shilajit sur les plaques de psoriasis ?

L'étude de Gandy et al. (2011) a montré un effet favorable de l'acide fulvique topique sur l'eczéma. Pour le psoriasis, aucune étude ne valide cet usage. En application topique, faites un test sur une petite zone et consultez votre dermatologue, surtout si la peau est fissurée ou suintante.

Sources

Junek R. et al. (2009). Bimodal effect of humic acids on the LPS-induced TNF-alpha release from differentiated U937 cells. Phytomedicine.

Winkler J. & Ghosh S. (2018). Therapeutic Potential of Fulvic Acid in Chronic Inflammatory Diseases and Diabetes. Journal of Diabetes Research.

Gandy J.J. et al. (2011). Randomized, parallel-group, double-blind, controlled study to evaluate the efficacy and safety of carbohydrate-derived fulvic acid in topical treatment of eczema. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology.

Niranjan K. et al. (2016). Evaluation of the effect of purified aqueous extract of Shilajit in modifying cardiovascular risk. International Journal of Ayurveda and Pharma Research.

Patil S.G. et al. (2023). Effect of purified Shilajit on oxidative stress, arterial stiffness and endothelial function in elderly with hypertension. Indian Journal of Physiology and Pharmacology.

Das A. et al. (2019). Skin Transcriptome of Middle-Aged Women Supplemented With Natural Herbo-mineral Shilajit Shows Induction of Microvascular and Extracellular Matrix Mechanisms. Journal of the American College of Nutrition.

Schepetkin I.A. et al. (2009). Complement-fixing Activity of Fulvic Acid from Shilajit and Other Natural Sources. Phytotherapy Research.

Jean-Christophe gadrat

Jean-Christophe gadrat

Fondateur de SIHO

J'explore depuis des années la recherche en longévité, en combinant découvertes scientifiques, micronutrition et compréhension des mécanismes du vieillissement. Ma conviction : la science est un moyen de mieux comprendre le corps pour continuer à profiter de la vie.

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