Shilajit et tension artérielle : ce que dit vraiment la science

shilajit hypertension
Jean-Christophe gadrat

Jean-Christophe gadrat · Fondateur de SIHO

Publié le 03/05/2026 · Mis à jour le 17/05/2026

En bref

L'hypertension artérielle ne se résume pas à des chiffres élevés sur un tensiomètre. C'est l'expression visible d'un système vasculaire sous tension oxydative, dont les artères perdent leur souplesse. La seule étude clinique randomisée publiée sur le shilajit et l'hypertension (Patil et al., 2023) ne montre pas d'effet sur la pression elle-même, mais une réduction nette des marqueurs de stress oxydatif vasculaire. Ce que le shilajit fait, c'est agir sur le terrain. Pas sur le symptôme.

Sur Internet, beaucoup de pages affirment que le shilajit fait baisser la tension. C'est rassurant à lire. Et c'est un raccourci que la science actuelle ne valide pas, en tout cas pas dans le sens strict de réduction des chiffres tensionnels. Ce qui est documenté est plus subtil, et probablement plus utile à comprendre.

Près d'un adulte français sur trois vit avec une tension artérielle élevée. Beaucoup ne le savent pas, parce qu'elle ne fait pas mal. Mais elle travaille en silence sur les artères, le cœur, le cerveau et les reins. La prendre au sérieux, c'est sortir de la lecture purement chiffrée pour comprendre ce qui se passe à l'intérieur des vaisseaux.

Ce que la tension dit vraiment du système vasculaire

La pression artérielle, ce sont deux chiffres. Le premier mesure la pression au moment où le cœur se contracte (systolique). Le second, la pression résiduelle entre deux battements (diastolique). Au-delà de 140/90 mmHg de façon répétée, on parle d'hypertension.

Mais ces chiffres ne sont qu'un indicateur de surface. En réalité, l'hypertension dite essentielle, c'est-à-dire celle qui n'a pas de cause secondaire identifiable et qui représente plus de 90% des cas, est l'aboutissement de plusieurs processus qui s'installent sur des années.

D'abord, une perte de souplesse des grosses artères. L'aorte et ses branches principales devraient se dilater à chaque éjection cardiaque, comme un amortisseur, puis se rétracter pour propulser le sang en aval. Avec l'âge, l'accumulation de stress oxydatif et les comorbidités, ces parois se rigidifient. La rigidité artérielle, mesurée par la vitesse de l'onde de pouls, est un marqueur indépendant du risque cardiovasculaire qui s'aggrave progressivement à partir de 40 ans.

Ensuite, une dysfonction de l'endothélium, cette couche de cellules qui tapisse l'intérieur des vaisseaux. Un endothélium sain produit du monoxyde d'azote, qui détend la paroi et maintient une bonne fluidité circulatoire. Un endothélium dysfonctionnel produit moins de monoxyde d'azote et plus de molécules pro-inflammatoires.

En clair

L'endothélium, c'est la fine paroi vivante qui tapisse l'intérieur de tous vos vaisseaux. C'est elle qui dialogue avec le sang en permanence. Quand elle fonctionne bien, elle libère du monoxyde d'azote pour détendre les artères. Quand elle est abîmée, ce dialogue se dégrade et les vaisseaux deviennent moins réactifs.

Enfin, une inflammation vasculaire de bas grade, qui s'auto-entretient avec les deux processus précédents. Les artères en mauvais état attirent des cellules immunitaires, qui libèrent des cytokines, qui aggravent la dysfonction endothéliale, qui accentue la rigidité. C'est la définition même de l'inflamm-aging vasculaire.

Ces trois processus sont alimentés par un dénominateur commun : le stress oxydatif vasculaire.

Le stress oxydatif vasculaire, moteur silencieux de l'hypertension

Le stress oxydatif désigne un déséquilibre entre la production d'espèces réactives de l'oxygène et les défenses antioxydantes de l'organisme. Quand la balance penche du côté de l'oxydation, plusieurs molécules essentielles se trouvent endommagées.

Les LDL circulants s'oxydent et deviennent des LDL oxydés (ox-LDL), forme la plus délétère du cholestérol, directement impliquée dans la formation de la plaque d'athérome. Les lipides des membranes cellulaires se peroxydent et libèrent du malondialdéhyde (MDA), un marqueur sanguin reconnu de l'oxydation lipidique. Le monoxyde d'azote produit par l'endothélium est rapidement neutralisé par les radicaux libres avant d'avoir pu exercer son effet vasodilatateur.

En clair

Le malondialdéhyde, ou MDA, est un déchet que produisent les cellules quand leurs membranes grasses sont attaquées par l'oxydation. Plus il y en a dans le sang, plus le tissu vasculaire est sous pression. C'est l'un des marqueurs les plus utilisés en recherche pour mesurer le stress oxydatif.

Plusieurs études cliniques ont montré que les niveaux sériques de MDA et de LDL oxydés sont des prédicteurs indépendants de la rigidité artérielle, en particulier chez les patients diabétiques ou insuffisants rénaux. Autrement dit, ces marqueurs ne sont pas des chiffres anecdotiques. Ils racontent l'histoire d'un système vasculaire en train de vieillir trop vite.

Logique : si ce stress oxydatif est en amont de l'hypertension, agir dessus devrait, à terme, soulager la pression sur les vaisseaux. C'est exactement la question que l'équipe du Dr Patil a posée au shilajit.

L'étude clinique sur le shilajit et l'hypertension

Patil et al. ont publié en 2023, dans l'Indian Journal of Physiology and Pharmacology, une étude randomisée contrôlée sur 60 patients âgés hypertendus, déjà sous traitement antihypertenseur. La moitié a continué uniquement son traitement habituel. L'autre moitié a reçu, en complément, du shilajit purifié à raison de 500 mg deux fois par jour pendant 30 jours.

Les chercheurs ont mesuré trois familles de paramètres avant et après : les marqueurs de stress oxydatif, ceux de rigidité artérielle, et ceux de fonction endothéliale.

Résultats sur le stress oxydatif, dans le groupe shilajit :

Le malondialdéhyde a diminué significativement (p<0,001), traduisant une baisse de la peroxydation lipidique. Les LDL oxydés ont également baissé (p=0,015). Du côté des défenses antioxydantes, la capacité antioxydante totale a augmenté (p=0,002), avec la superoxyde dismutase (p<0,001) et le glutathion réduit (p<0,001) qui ont monté de manière significative.

Résultats sur la rigidité artérielle et la fonction endothéliale : aucun changement statistiquement significatif sur 30 jours.

Conclusion des auteurs eux-mêmes, traduite : le shilajit peut avoir une valeur en tant qu'antioxydant naturel pour réduire le stress oxydatif chez les patients âgés hypertendus. Le verbe utilisé est "réduire le stress oxydatif", pas "réduire la tension".

À retenir

Patil et al. (2023). Étude randomisée contrôlée, 60 patients âgés hypertendus déjà sous traitement, shilajit purifié 500 mg deux fois par jour, 30 jours.

Réduction significative des marqueurs de stress oxydatif vasculaire (MDA, ox-LDL) et hausse des défenses antioxydantes (SOD, glutathion, capacité antioxydante totale).

Pas de modification mesurable de la rigidité artérielle ni de la fonction endothéliale sur 30 jours.

L'étude n'avait pas pour objectif principal de mesurer une variation de la pression artérielle, et la durée courte (30 jours) ne permettait pas de détecter une éventuelle évolution de la rigidité artérielle, qui s'évalue sur des mois.

Une autre étude clinique vaut la peine d'être citée pour compléter le tableau. Niranjan et al., en 2016, ont conduit un essai randomisé en double aveugle sur 12 semaines auprès de patients diabétiques de type 2, à raison de 250 mg de shilajit deux fois par jour. Sur cette durée plus longue, ils ont observé une amélioration de la fonction endothéliale, une baisse de la protéine C-réactive ultrasensible (un marqueur d'inflammation), une baisse du MDA, et une augmentation du monoxyde d'azote et du glutathion. Ce résultat contraste avec celui de Patil et suggère que la durée d'exposition compte : 30 jours suffisent pour faire bouger le stress oxydatif, mais probablement pas pour modifier la mécanique vasculaire.

Comment lire ces résultats sans les surinterpréter

Plusieurs leçons se dégagent de ces données.

D'abord, le shilajit n'est pas un antihypertenseur. Personne ayant lu sérieusement la littérature ne devrait écrire qu'il "fait baisser la tension". L'étude de Patil, qui est l'unique RCT publiée sur des patients hypertendus, n'a pas montré de baisse des chiffres tensionnels comme effet propre du shilajit, et c'est une information importante à connaître avant d'en parler à son médecin.

Ensuite, ce qu'il fait, et qui est documenté, c'est un travail en profondeur sur le terrain biologique de l'hypertension. La peroxydation lipidique, c'est le mécanisme qui rend les LDL athérogènes. Le glutathion, c'est l'antioxydant maître de l'organisme. La SOD, c'est l'enzyme qui neutralise le superoxyde, l'un des radicaux libres les plus impliqués dans la dysfonction vasculaire. Bouger ces paramètres, ce n'est pas anecdotique : c'est agir sur les conditions qui rendent les artères plus fragiles dans le temps.

Enfin, l'étude de Patil a un détail qui n'est pas anodin : le shilajit y est administré en complément du traitement antihypertenseur, pas à sa place. Les auteurs ont conçu leur protocole comme une thérapie d'appoint, avec une cohérence que SIHO partage : on ne remplace pas la médecine, on enrichit le terrain sur lequel elle agit.

Sur le plan de la longévité vasculaire, c'est exactement ce qui compte. Une artère vieillit moins vite si l'environnement biochimique qui la baigne est moins oxydatif. Le shilajit ne déplace pas une aiguille de tensiomètre du jour au lendemain. Il participe à entretenir un milieu intérieur dans lequel les vaisseaux peuvent rester souples plus longtemps.

Place du shilajit dans une approche cardiovasculaire globale

La hiérarchie reste claire. Pour la santé tensionnelle, les leviers les mieux documentés et les plus puissants sont :

L'activité physique régulière, en particulier l'endurance modérée. Les recommandations européennes de cardiologie 2024 confirment l'effet de 150 à 300 minutes d'aérobie modérée par semaine sur la pression artérielle.

La réduction de la consommation de sodium et l'augmentation de l'apport en potassium, via les fruits et légumes. Le régime DASH ou méditerranéen sont les plus étudiés.

La gestion du poids et de la qualité du sommeil. Un sommeil fragmenté ou trop court entretient une activation sympathique et une élévation tensionnelle nocturne.

La gestion du stress chronique, qui dérègle l'axe cortico-surrénalien et entretient la rigidité vasculaire.

Le shilajit s'inscrit en soutien de ces fondamentaux, pas à leur place. Sa place, c'est celle d'un actif qui travaille sur le stress oxydatif, ce facteur de fond commun à l'action du shilajit sur la circulation sanguine et à la santé cardiovasculaire au sens large. Il prend du sens dans une démarche cohérente, conduite dans le temps long, en complément d'un suivi médical régulier.

Une autre dimension cardiovasculaire mérite mention : le shilajit a montré des effets sur le profil lipidique chez l'homme sain. Les études classiques ont rapporté une baisse des triglycérides, du LDL et du VLDL avec une hausse du HDL. Ces résultats sur le shilajit et le cholestérol participent à la même logique : entretenir un profil métabolique qui ne pèse pas inutilement sur les artères.

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Côté posologie, les études cliniques cardiovasculaires ont utilisé entre 250 et 500 mg deux fois par jour, sur des durées de 4 à 12 semaines. La prise se fait le matin à jeun ou entre les repas, dilué dans de l'eau tiède ou un lait végétal. Le protocole ayurvédique traditionnel alterne 10 jours de prise et 5 jours de pause.

Précaution

Le shilajit n'est pas un antihypertenseur et ne doit jamais remplacer un traitement prescrit. L'arrêt unilatéral d'un traitement antihypertenseur expose à des risques cardiovasculaires graves. Si vous prenez un traitement pour la tension, toute introduction d'un complément doit se faire en concertation avec votre médecin. Surveillez votre pression artérielle pendant les premières semaines de prise et signalez tout vertige ou sensation de tête vide à votre praticien.

Parlez-en à votre médecin si...

→ Vous prenez un traitement antihypertenseur (alpha-bloquants, bêta-bloquants, IEC, sartans, diurétiques, inhibiteurs calciques)

→ Vous avez une tendance à l'hypotension ou des malaises orthostatiques

→ Vous prenez un anticoagulant ou un antiagrégant plaquettaire

→ Vous souffrez d'hémochromatose, de thalassémie ou d'anémie falciforme (contre-indications au shilajit)

Questions fréquentes

Le shilajit fait-il baisser la tension ?

La seule étude clinique randomisée publiée sur le shilajit chez des patients hypertendus (Patil et al., 2023) n'a pas montré de baisse mesurable de la pression artérielle après 30 jours. En revanche, elle a démontré une réduction significative des marqueurs de stress oxydatif vasculaire. Le shilajit travaille sur le terrain biologique en amont de l'hypertension, pas sur les chiffres tensionnels à court terme.

Peut-on prendre du shilajit avec un traitement antihypertenseur ?

Dans l'étude de Patil, le shilajit était précisément utilisé comme thérapie complémentaire chez des patients qui poursuivaient leur traitement antihypertenseur, sans effet indésirable rapporté. Cela ne dispense pas de l'avis du médecin traitant, qui connaît les molécules prescrites et peut juger de la pertinence individuelle.

Le shilajit peut-il faire baisser la tension trop bas chez quelqu'un qui n'est pas hypertendu ?

Une étude historique sur sujets sains, à 2 grammes par jour pendant 45 jours, n'a montré aucune modification de la pression artérielle ni du pouls. Le risque d'hypotension à dose physiologique semble donc faible chez l'individu normotendu. Néanmoins, en cas d'antécédent d'hypotension orthostatique ou de prise de médicaments hypotenseurs, la prudence et l'avis médical s'imposent.

Sources

Patil S. G., Patil K. A., Sarashetti R., Hadimur K. (2023). Effect of purified Shilajit (Asphaltum punjabianum) on oxidative stress, arterial stiffness and endothelial function in elderly with hypertension : A randomised controlled study. Indian Journal of Physiology and Pharmacology, 67(3), 197-204.

Niranjan G. et al. (2016). Effect of purified Shilajit on endothelial function and inflammatory markers in patients with type 2 diabetes mellitus. International Journal of Ayurveda and Pharma Research.

Sharma P., Jha J., Shrinivas V., Dwivedi L. K., Suresh P., Sinha M. (2003). Shilajit : evaluation of its effects on blood chemistry of normal human subjects. Ancient Science of Life, 23(2), 114-119.

Patil S. G., Aithala M., Das K. K. (2015). Evaluation of arterial stiffness in elderly with prehypertension. Indian Journal of Physiology and Pharmacology, 59(2), 132-138.

McEvoy J. W. et al. (2024). 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension. European Heart Journal.

Jean-Christophe gadrat

Jean-Christophe gadrat

Fondateur de SIHO

J'explore depuis des années la recherche en longévité, en combinant découvertes scientifiques, micronutrition et compréhension des mécanismes du vieillissement. Ma conviction : la science est un moyen de mieux comprendre le corps pour continuer à profiter de la vie.

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